CARCASSONNE : Une péniche à contre courant – L'Officiel du Canal du Midi

CARCASSONNE : Une péniche à contre courant

19.04.16
Le canal du midi amène son lot de surprise. La grande péniche europodyssée, amarrée en face de la gare, en fait partie. Naviguant entre Capestang et Toulouse, la péniche de l’association (habilitée par l’État) Heureux qui comme Ulysse organise des séjours de «rupture» avec le cadre de vie quotidienne de jeunes de 15 à 21 ans. En majorité citadins, les ados passent 16 semaines à bord. Séjour de rupture ? «Plutôt des séjours de suture, car on reçoit des jeunes brisés», confie Pierre Chabert, éducateur spécialisé au sein de l’association.

L’histoire méandreuse de la péniche est née en 1993. Francis Belot, alors journaliste, part de Paris pour Saint-Pétersbourg en famille à l’occasion de l’ouverture des frontières. Au retour, la péniche devient un lieu de désintoxication. Au milieu des années 2000, l’europodyssée se mue en lieu d’accueil pour les jeunes en rupture de ban.
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Lieu à taille humaine, la péniche permet un accompagnement individuel pour les trois jeunes à bord. C’est un espace propice à la réflexion : «On est là pour les apaiser. Une fois apaisé, on peut discuter des causes profondes de ce mal-être en société», estime M.Chabert, dans la profession depuis 21 ans.

Les jeunes participent aux tâches quotidiennes (cuisine, comptabilité…), l’association fait du soutien scolaire, des activités sportives, mais la discussion occupe une place prépondérante. «On essaye de faire sortir la rage qu’ils ont en eux. On est un peu dans le modèle des années 1980, on favorise la parole, à contre-courant de ce qu’il se fait», précise P.Chabert. Le bateau offre un cadre, des règles de vie en communauté ce que souligne Hérivé (16 ans), originaire de Lyon : «Il faut des règles pour grandir, avant je me sentais sans limites. Ici, on peut voir ce qu’on peut faire de nous-même».

Le projet de la péniche a un avantage. Les jeunes vivent 24 heures/24 avec les éducateurs. Le travail de la journée n’est ainsi pas détruit par un éventuel retour à la maison le soir.

La temporalité est différente à bord. Tout est ralenti, ce qui favorise la réflexion, le dialogue, parfois philosophique. Loin du fonctionnement de la vie contemporaine ou du tout sécuritaire des centres éducatifs fermés. Pierre Chabert n’est pas pour autant naïf : «En 16 semaines, on ne fait pas de miracles, l’éducation n’est pas mesurable, mais on offre une parenthèse dans leur vie, un moment de tranquillité qui peut leur servir plus tard». Il n’est jamais facile de donner confiance à des jeunes trahis, d’enseigner une morale citoyenne avec les mauvais exemples qui pullulent, Panama Papers en tête.

L’association essaye de trouver des perspectives à des adolescents déjà blasés par la vie.

La péniche europodyssée accueille des jeunes en difficultés de la Protection Judiciaire de la Jeunesse et de l’aide sociale à l’enfance. Un projet éducatif original et courageux.

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